MANIFESTE
Ce que cela mobilise dans le corps
Rien de tout cela ne reste une idée. Cela se vit dans le corps, par les sens.
Habiter son corps commence souvent par une chose simple et pourtant rare : apprendre à sentir. Une main, une chaleur, une tension qui se dénoue, un souffle qui s’approfondit. La sensorialité n’est pas un luxe ni un supplément d’âme — c’est le premier pas vers cette intelligence du corps dont je parlais plus haut.
La sensualité, entendue dans ce sens-là, n’a rien à voir avec ce qu’on en a fait. Elle n’est pas une marchandise ni une performance. Elle est la capacité à percevoir, à discerner, à choisir ce qui nous convient — une présence à soi plutôt qu’un spectacle offert à un regard extérieur.
Ce travail demande aussi d’apprendre à contenir.
Ressentir davantage sans se laisser submerger ; laisser une émotion, une sensation traverser le corps sans la fuir ni s’y noyer. C’est cette capacité de présence, patiemment construite, qui permet ensuite à quelque chose de circuler à nouveau — dans le souffle, dans les gestes, dans la manière d’habiter une journée.
Ce que j’appelle vitalité n’est pas une énergie mystérieuse venue d’ailleurs. C’est ce qui reste disponible en nous lorsque nous cessons de nous contracter contre nous-mêmes. Quand elle circule, elle se traduit rarement par une révélation spectaculaire — plus souvent par un peu plus de joie ordinaire, un peu plus de ressources pour la vie telle qu’elle est.